L’exposition Global Warning, présentée au Jeu de Paume, réunit près de 180 images couvrant plus de cinquante ans de travail de Martin Parr.

Conçue comme une relecture de son œuvre à l’aune des déséquilibres contemporains, elle prend une dimension particulière puisqu’il s’agit de l’un des derniers projets auxquels l’artiste a participé avant sa disparition en décembre 2025.

Une œuvre recontextualisée

L’exposition propose de reconsidérer une l’œuvre de Martin Parr, souvent réduite à son apparente légèreté. Les couleurs vives, les cadrages serrés et les situations triviales ont longtemps contribué à installer l’image d’un photographe ironique, presque ludique.

Or, en les replaçant dans une continuité historique et dans un cadre thématique précis, Global Warning révèle une cohérence plus profonde. Les images ne changent pas, mais leur accumulation produit un effet différent.

Comme le souligne le Jeu de Paume, ces photographies séduisent d’abord avant de laisser apparaître une tonalité plus grave .

Une cartographie précise des dérives contemporaines

Le parcours s’articule autour de cinq sections clairement identifiées. Loin d’un simple découpage thématique, elles dessinent un système cohérent de comportements.

1. LOISIRS ET ENVIRONNEMENT

Les premières salles montrent comment les espaces de loisirs, en particulier les plages, deviennent des lieux de concentration des contradictions contemporaines. Parr y observe la coexistence du plaisir et du déchet, du naturel et de l’artificiel. Les paysages sont transformés par l’intensification des usages, au point de perdre leur caractère initial.

2. CONSOMMATION

La section consacrée à la consommation prolonge cette logique en la déplaçant vers les objets. Supermarchés, centres commerciaux et foires apparaissent comme les nouveaux décors du quotidien.

Parr y construit un inventaire précis des biens et des comportements, où l’accumulation prime sur l’usage. Le dossier évoque explicitement une forme de religion de la consommation. Les objets ne sont plus seulement utilisés, ils sont désirés.

Le recours au gros plan et aux couleurs saturées accentue cette impression de profusion, jusqu’à frôler la saturation visuelle.

3. TOURISME GLOBAL

Avec le tourisme, Parr élargit son observation à l’échelle mondiale. Les images montrent une homogénéisation progressive des comportements, indépendamment des lieux.

Les sites changent, mais les gestes restent les mêmes. Les monuments deviennent des arrière-plans, tandis que les visiteurs occupent le centre de l’image.

Le dossier souligne également les déséquilibres Nord/Sud, perceptibles en filigrane. Le tourisme apparaît ainsi comme un révélateur des rapports de force contemporains.

4. RELATION AU VIVANT

La section consacrée aux animaux introduit une autre forme de tension. Loin d’une vision idéalisée, Parr montre des relations marquées par l’ambivalence.

L’animal est à la fois protégé, domestiqué, exploité ou consommé. Il est toujours inscrit dans un cadre humain, rarement autonome. Cette coexistence met en évidence une relation instable, oscillant entre proximité et domination.

5. ADDICTIONS TECHNOLOGIQUES

Enfin, les technologies occupent une place croissante dans les images les plus récentes. Téléphones, voitures et écrans modifient les comportements et les postures.

Parr s’intéresse moins aux objets eux-mêmes qu’à la manière dont ils reconfigurent le rapport au réel. Les individus apparaissent absorbés, connectés en permanence, parfois isolés malgré la proximité physique.

Cette section met en évidence une transformation profonde : le réel est de plus en plus médiatisé par des dispositifs techniques.

Une critique certes mais dépourvue de morale

L’exposition insiste sur un point essentiel : Martin Parr ne cherche pas à juger. Il refuse toute posture de surplomb et rappelle qu’il appartient au monde qu’il photographie.

Sa démarche repose sur une observation constante et sur un travail de déplacement des codes visuels. En reprenant les formes de la publicité, de la carte postale ou de la photographie animalière, il en révèle les limites sans les dénoncer frontalement.

L’humour, souvent présent, ne constitue pas une fin en soi. Il agit comme un point d’entrée, qui permet d’accéder à une lecture plus complexe. Les images restent ouvertes, sans conclusion imposée.

Avec Global Warning, le Jeu de Paume propose une lecture structurée et fidèle de l’œuvre de Martin Parr. L’exposition ne cherche ni à simplifier ni à dramatiser, mais à mettre en évidence la constance d’un regard.

En accumulant les images, elle fait apparaître une réalité déjà visible, mais rarement considérée dans son ensemble. Ce qui relevait d’une observation du quotidien devient alors le portrait précis d’un monde en transformation.

INFORAMTIONS

ARTISTE : Martin Parr

EXPOSITION : Global Warning

LIEU : Jeu de Paume, Paris

DATES : 2 juillet – 16 septembre 2025

CURATORS :Quentin Bajac

PHOTOS :Salim Santa Lucia & Mathis Payet Descombes