CHÂTEAU DU CLOS LUCÉ
Le Festival Européen de Musique Renaissance, créé pour faire découvrir la musique Renaissance au plus grand nombre, réunit chaque année des ensembles de renommée internationale et des artistes engagés dans la transmission de ce répertoire. En résonance avec l’exposition « Léonard de Vinci maître de l’eau », la 21e édition du festival propose des programmes traversés par cette thématique.
Les Arts Florissants, dirigés par Paul Agnew, font leur retour au Clos Lucé le vendredi 25 et le samedi 26 septembre avec le Sixième Livre de Madrigaux de Claudio Monteverdi, composé en 1614 à Venise, cité façonnée par l’eau.
Situé à la charnière entre les pratiques polyphoniques de la Renaissance et les premières intuitions dramatiques qui annoncent l’opéra, ce livre réunit des pièces qui explorent les états d’âme humains avec une profondeur expressive rare. On y entend notamment le Lamento d’Arianna, seul fragment ayant survécu de l’opéra que Monteverdi avait écrit pour les festivités de 1608 à la cour de Mantoue. La musique épouse les états d’âme de l’héroïne pour peindre le tableau de la détresse d’une femme, qui donne le ton à l’ensemble du recueil : le sixième livre se compose en grande partie d’adieux, sur des poèmes de Pétrarque, l’un des auteurs les plus importants de la littérature médiévale (adressés à Laura, sa bien-aimée) ou de Gian Battista Marino, grande figure de la poésie baroque.
L’Ensemble Clément Janequin, dirigé par Dominique Visse, propose le dimanche 27 septembre un second programme fondé sur deux œuvres majeures de la fin du XVIe siècle, incarnant une autre forme de créativité profane : Barca di Venetia per Padova d’Adriano Banchieri et L’Amfiparnaso d’Orazio Vecchi.
Barca di Venetia per Padova dépeint le trajet en barque d’une série de personnages de Venise à Padoue, mêlant langue populaire et art polyphonique. Le compositeur y évoque scènes de marché, dialogues de voyageurs et tableaux sociaux qui reflètent l’effervescence des cités d’eau italiennes tout en prolongeant le savoir-faire contrapuntique de la Renaissance.
L’Amfiparnaso est une comédie madrigalesque conçue comme une sorte de « théâtre sonore ». Sans être une œuvre scénique à part entière, elle réunit des scènes vocales vivantes où se mêlent lamento amoureux, scènes de genre pittoresques et moments facétieux, cherchant à « charmer par le ridicule » et à unir le sérieux de la polyphonie et la liberté expressive du chant populaire.
Ces deux pièces, riches en couleurs et en contrastes, offrent un panorama vivant des interactions entre musique savante et divertissement à la Renaissance, et permettent d’entendre comment les formes vocales profanes dialoguaient avec les pratiques culturelles de leur temps.


