Galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois
« À l’occasion des 50 ans de la disparition de Pierre Molinier, je voulais rendre hommage à cet artiste inclassable. Bien que référencé dans les plus grandes collections privées et les musées, peu d’hommages lui sont rendus. Le roman-photo « Qui a volé mes jambes ? » publié au Seuil permettra, je l’espère, de susciter l’intérêt pour son travail.
Pour accompagner sa publication, la Galerie Georges-Philippe & Nathalie Vallois m’a proposé son espace pour curater une exposition. Et je remercie Marianne Le Métayer en particulier pour cette opportunité, et sa vision décomplexée de l’art qui permet ce genre de rendez-vous.
‘Tout en jambes’ fait évidemment la part belle à Molinier. Ma rencontre avec l’oeuvre de cet artiste remonte à une trentaine d’années et je la dois à la galerie 1900-2000. Temple du surréalisme, j’y ai découvert les artistes du rêve et du fantasme. Parmi eux, un autodidacte venu d’Agen, jusqu’au-boutiste et radical dont l’oeuvre se confond avec sa vie dans un jeu fusionnel qui lui sera fatal. Ses photos (celles que je qualifie d’ésotériques à différencier des érotiques auxquelles je suis moins sensible) ont immédiatement suscité une fascination.
Noirs et blancs veloutés, démultiplication des membres qui rappellent l’iconographie hindoue, montages grossiers qui portent en eux le charme du bricolage, tous ces éléments ont provoqué chez moi un « vertige » pour reprendre le terme employé par Breton. Et sa provocation teintée d’humour n’a fait que renforcer ma sympathie pour ce diable.
Mais l’exposition rend un hommage aux guiboles en tout genre : nues pour Helmut Newton, jarretées chez Ellen von Unwerth, chaussées par Christian Louboutin ou Peter Stämpfli, miroitées par Tomi Ungerer, entremêlées par Louise Bourgoin, graphiques chez Pamela Berkovic, anonymes pour John Kayser, sensuelles et colorées chez Emanuel Proweller, Pop et bucoliques pour Evelyne Axell, animales chez William Wegman, flamencas pour Pilar Albarracín ou encore animées par Winshluss, la fête à la jambe commence ici et tout le monde y est invité ! »
Jonathan Lambert


