Sous le ciel montagneux de Wonju, le Museum SAN a ouvert l’été dernier un espace inédit où le corps et l’imaginaire se rejoignent.
L’institution coréenne consacre à Antony Gormley sa plus vaste exposition sur le territoire, Drawing on Space, réunissant 48 œuvres (sculptures, dessins et installations) pensées non pas comme des objets à contempler, mais comme des expériences à traverser.
Le corps comme point de départ
Avec comme point de départ le corps humain, élément central dans la démarche artistique de Gormley, l’exposition dévoile 48 œuvres au total, dont 7 sculptures et une quarantaine de dessins.
Déployées sur trois salles, les œuvres exposées ne se présentent pas seulement comme des objets à regarder, mais comme des dispositifs conçus pour alterner notre perception et nous inciter à prendre conscience de notre place au sein de notre environnement.
Car c’est là, le véritable moteur du travail d’Antony Gormley : redéfinir le langage sculptural pour lui assigner une expérience kinesthésique.
S’il a longtemps eu pour habitude d’utiliser son propre corps comme modèle pour réaliser ses moulages, l’artiste a vite poussé sa réflexion plus loin en concevant des formes toujours plus abstraites, dans le seul but d’interroger la condition humaine et la relation de l’homme à l’espace.
Il le dit d’ailleurs lui-même : « Cette exposition permet à l’espace physique et à l’espace de l’imaginaire de se rejoindre. »
Liminal Field et l’expérience perceptive
Pensées pour éveiller la perception, les sculptures en acier de Liminal Field, dans le hall principal du musée, illustrent parfaitement cette démarche.
En esquissant la représentation du corps humain sous de multiples formes sphériques, elles explorent « les enceintes de l’architecture et du corps » comme autant de formes sensibles qui invitent le spectateur à questionner sa perception et s’aventurer dans une expérience qui lui est propre — sensorielle et existentielle.
Ground : un espace de dialogue entre Gormley et Ando
Cette relation entre corps et architecture est également présente dans une œuvre centrale de l’exposition : Ground.
Cette installation permanente créée en collaboration avec l’architecte japonais Tadao Ando, est conçue à la fois comme une œuvre d’art et comme un lieu d’expérience.
Au sein d’une architecture brute et béton souterraine, en forme de dôme et ouverte en partie sur l’extérieur, sept sculptures formées par des blocs de fer oxydés, empilés les uns sur les autres, suggèrent des figures humaines abstraites, tantôt accroupies au sol, tantôt allongées.
Par leur présence, elles ponctuent l’espace. Ici, pas de narration ; à la place, réflexion et introspection sont de mise.
Si elles semblent à première vue être en totale harmonie avec la nature, ces figures n’en sont pas moins en proie aux éléments naturels extérieurs qui viennent altérer leur aspect, jusqu’à entraîner leur décomposition.
La pluie, le vent, le soleil ou encore l’humidité transforment le matériau, rendant le métal presque « vivant ». Là encore, c’est au spectateur de faire l’expérience de l’œuvre en naviguant au sein de cette architecture sobre et minimaliste, caractéristique des œuvres de Tadao Ando.
INFORAMTIONS
ARTISTE : Antony Gormley
ARCHITECTE : Tadao Ando
EXPOSITION : Drawing on Space
LIEU : Museum San
DATES : 20 juin – 30 novembre
PHOTOS : Jaewon Choi, Stephen White & Co


